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Portrait

Philippe Di Méo, Le designer scénographe

Philippe Di Méo

Philippe di Méo : trublion du design établi et gourmet de la vie

Sa créativité débridée n’a d’égal que son humour léger et généreux. Ses oeuvres captent les envies et l’esprit du moment. Le gourmand de l’été navigue cet automne sur les Rives de la Beauté…

Philippe Di Méo, aime raconter des histoires. Le “Souper fin” très coquin qu’il a mis en scène pour le salon Scènes d’Intérieur en 2009 restera dans les annales. Sa recette très XXIe siècle de l’art de vivre français du XVIIIe faisait voyager les ustensiles de la table jusqu’au lit avec la complicité de marques aussi prestigieuses que Baccarat, Christofle, ou Raynaud. Ces nouveaux rituels de dégustation, exposés ensuite chez l’Eclaireur, ont en quelque sorte mis les pieds dans le plat. Sensible aux arts de la table et au plaisir que l’on y partage, le designer bout pourtant d’en bousculer les règles car “les traditions changent”. Il connaît la question. Onse souvient qu’en 2002 déjà, ce créateur de goûts avait créé la surprise en ouvrant, rue Charlot, un restaurant bio R'Aliment. Ce puriste n’hésitera jamais cependant à réinterprêter le capital patrimonial d’une marque, à s’appuyer sur ses bases historiques et “solides” pour la remettre dans une actualité et l’imposer comme un “signe du présent”. Il assure penser en termes de “globalité narrative” et s’il aborde rarement les projets de la façon dont les autres l’imaginent c’est toujours avec une fraîcheur d’esprit qui lui est propre. En restant concret et en se nourrissant profondément de l’histoire humaine qui anime ce projet.

On lui doit aujourd’hui “Les Liquides imaginaires”, l’installation la plus attendue des Rives de la Beauté (28 septembre au 2 octobre), événement parisien dont l’ambition est de devenir à l’univers de la beauté et des parfums ce que le salon du meuble de Milan est au design ou la Biennale de Venise à l’art. Pour cette troisième édition, Philippe Di Méo met en scène son idée du parfum et a dessiné pour cela des flacons-amphores “Reliquiae” réalisés en étain et gravés à la pointe diamant d’un décor ésotérique par L’Orfèvrerie d’Anjou (en douze exemplaires numérotés). Les rituels anciens l’ont guidé pour dérouler un cérémonial lié à l’eau, au sacré et à la façon de se parfumer. Son ambition ? “Reprendre l’essence du parfum, son capital olfactif à faire rêver, à purifier, à ensorceler, à fantasmer, à dessiner un imaginaire dans ses effluves éphémères. Installer de nouveaux supports, d’autres gestes. Créer un flacon d’exception qui fait appel à un savoir-faire artisanal et précieux. Un objet mystérieux renfermant, telle une amphore, le génie du parfum.” Un projet artistique qui, des fragrances créées par les nez de Givaudan aux images signées par le photographe Daniel Sannwald, porte son regard, sa griffe, son style, spirituels on peut le dire. Sans avoir peur de s’aventurer en eaux troubles. “Tout se mélange, c’est très affectif.” Son “Miroir liquide” (une “cascade” en cent vagues de miroirs, hommage à l’eau), installé chez Boffi Bains à Paris lors des Designers Days, voulait déjà rappeler les qualités apaisantes, esthétiques et quasi magiques de l’élément. L’homme a ses idées fixes et ses fidélités. Marseillais d’origine, Philippe Di Méo suit une formation d’architecture aux Beaux Arts d’Aix-en- Provence avant de rallier Paris. Diplôme de designer en poche, il fonde dès 1989 sa propre agence Reso Design pour se donner la liberté d’aller où le mènent ses envies professionnelles et narratives. Plus scénographe qu’architecte d’intérieur, l’espace est au coeur de sa réflexion, mais il l’aime “éphémère artistique”. L’homme apprécie l’inattendu, les rencontres, les échanges et autres partages créatifs entre deux expositions, à Paris, Tokyo ou Hong Kong. Depuis la création de son agence, Moët & Chandon, Dom Pérignon, Baccarat, Christofle, Raynaud, Sofitel, Coca Cola, mais aussi les parfums Guerlain, Jean- Paul Gaultier, Paco Rabanne ou Sephora ont sollicité son approche décalée, voire déroutante, et son expertise. Ainsi pour mettre en scène les cocktails signés par Sandrine Houdré-Grégoire pour le Mont d’Arbois à Megève, Philippe Di Méo s’est chargé du mug, qu’il a coiffé pour l’occasion d’une cheminée en papier thermosensible faisant apparaître le Mont-Blanc et dégageant à l’extrémité une fumée de carboglace… Dernière expérience en date remarquée, l’histoire – un polar sanglant mais gourmand - racontée lors de journées “Haute Cuisine” organisées dans les jardins du Palais-Royal réunissant des créateurs des univers de la couture, de la table et du design. Pour ce premier cabinet de curiosité culinaire, il a célébré à sa façon le mariage de la mode et de la gastronomie avec la complicité du chef pâtissier Christophe Michalak.

Familier de l’univers du luxe, il peaufine également les premiers modèles de la collection d’accessoires de sport haut de gamme qu’il a mis au point avec le coach sportif Alexandre Guillaumin. S’il est impatient de dévoiler Libra, cette nouvelle marque qu’ils ont conçu de A à Z, il dévoile avec le même enthousiasme les objets qu’il a dessiné pour Cristal Roederer et que l’on découvrira à la fin de l’année. Seau à champagne, verres de dégustation et vasque jouent la transparence... cela va de soi !

Autre matière à réflexion, le cristal rouge dans lequel Baccarat a taillé son animal fétiche, totem et hybride, le Bouddhours, imaginé en 1999. Le mythique ourson va bientôt réapparaître dans une nouvelle version. Un futur collector ?

© Marc Philbert