Édito
Le vingt-troisième Président de la République, Nicolas Sarkozy, souhaite que nous devenions tous propriétaires en France. C’est une excellente nouvelle et cela présage d’un bel été 2007. Le patrimoine n’est-il pas ce domaine où les souvenirs ont un avenir en nous ? Enfant d’une famille nombreuse, j’ai connu cette longue migration dans notre voiture, la “Marly”, qui transportait de Paris, une fois l’an, sept garçons et une fille vers notre villégiature angevine, en ce temps béni où les grandes vacances duraient trois mois. Nous avions un rite, respecté chaque année, c’était celui de fermer les yeux dès que nous apercevions au loin la grille de la propriété, afin de préserver jusqu’à la dernière seconde l’éblouissement de sa découverte. Ce n’est qu’une fois l’automobile arrêtée sur le sable blond, qui avait été ratissé pour notre arrivée, qu’au signal de l’aîné, nous avions le droit de recouvrer la vue. Que d’exclamations alors en retrouvant la façade du XVIIIe siècle qui était la définition même de notre bonheur, que de bondissements, que de courses dans le parc, vers les douves, dans le bûcher, vers la maisonnette, vers le lavoir ou vers la ferme, pour retrouver au plus vite ce monde désiré et enchanté des vacances toujours recommencées !
Alors, nous retrouvions l’état sauvage sur les bords de la Loire. Nous descendions le fleuve royal avec notre écolo-radeau au centre duquel était vissé un fauteuil Dagobert destiné à notre mère, la reine des eaux. Nous partions de Candes-Saint-Martin, nous dormions sur des îles de sable, nous regardions les châteaux de l’eau car c’est ainsi qu’il faut les contempler. De temps en temps, un vieux batelier, de la rive, levait son verre et nous chantait des refrains d’autrefois. Dix jours après, nous étions arrivés à bon port, là où Madame de Sévigné arrêtait aussi son coche d’eau, à Ingrandes-sur-Loire.
“Ô saisons, ô châteaux, Quelle âme est sans défauts ?” se demandait Arthur Rimbaud. En retrouvant le grand salon, la chambre bleue, la salle de jeux, nous évoquions les histoires des guerres de Vendée et, dans un coin déjà, je lisais inlassablement Le Rivage des Syrtes de Julien Gracq, le voisin que j’admirais tant et que je n’osais déranger à Saint-Florent-le-Vieil, là où avait eu lieu la dramatique conclusion de la virée de Galerne de l’Armée Catholique et Royale. Nous vivions au présent le décalage horaire de l’Histoire et les grandes vacances donnaient aussi des leçons de géographie, de l’itinéraire du Tour de France jusques aux champs dorés du temps des moissons. Je rêvais sur les tourelles, les mâchicoulis, les échauguettes, les chemins de ronde des châteaux néogothiques de l’Anjou qu’un superbe livre de Guy Massin-Le Goff vient de mettre en perspective. Et dans mon petit carnet de citations, vert à spirale, je notais, en admirant la cadence des mots, cette illumination d’André Breton : “À flanc d’abîme, construit en pierre philosophale, le château étoilé”
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