EDITO
Il y a quelque chose de profondément “résistant” à devenir vigneron à l’heure du virtuel, de l’ultra-rapide, de la modélisation numérique. Quelque chose qui rappelle de lointains hiers peuplés de chèvres rêvées sur un causse du Larzac, suivez mon regard, c’est passé de mode. Pourtant, ce ne sont pas des rebelles en rupture de société qui gagnent le vignoble mais des PDG à succès qui y investissent l’argent gagné au bénéfice de leurs succès industriels, commerciaux, boursiers. En fait, c’est si peu passéiste comme attitude qu’on parle d’eux en disant les néo-vignerons. Le français a un mot pour tout.
Ces nouveaux venus dans le paysage bien peigné du vignoble français font un tabac et, en plus, des vins passionnants. De leur passé de dirigeants d’entreprises performantes, ils ont gardé la rigueur, l’exigence, des qualités d’adaptation, le sens de l’observation. Ils savent investir et compter, ils peuvent déléguer. De petits domaines à la dérive, ils font des acteurs reconnus du mondovino. Les exemples abondent. Regardez les familles Caille à L’Arrosée, Frey à La Lagune, Kessler à Calissanne, Austruy à Peyrassol, Dubrulle à La Cavale, Paul à Real-Martin, Teillaud à Sainte-Roseline, d’autres encore, un peu partout. Dans ce monde-là, point de crise, pas de mévente, on n’arrache pas, on ne joue pas le jeu de Bruxelles mais celui du commerce et on ne se plaint pas. On a le regard fixé sur la ligne bleu de l’excellence, on y parvient.
Parfois même avec humilité. Il y a quelques années, nous avions titré “une étiquette pour le prix d’une maison” un sujet sur les vignobles disponibles à la vente. A l’évidence, cette gentille ironie n’est plus de mise et ceux qui achetaient pour le vain plaisir d’avoir leur nom sur l’étiquette ont passé la main. Ne restent que ce que l’essentiel du vignoble français a toujours produit, des gens capables de porter haut les couleurs, les valeurs de notre viticulture et, plus généralement, celles de l’esprit d’entreprise.
C’est dans un marché en pleine effervescence et très positif que l’acquéreur va se décider pour tel ou tel des vignobles à découvrir pages suivantes. Qu’on ne s’y trompe pas, les vins français ont repris du poil de la bête en passant par la case “qualité”, ils sont en pleine forme et très batailleurs sur tous les marchés d’export. Pour information, sachez que les petits bordeaux du millésime 2005 sont considérés comme le meilleur rapport qualité-prix du monde. Ce qui devrait susciter des vocations.
Comment acheter un vignoble ? Voilà une activité, la transaction viticole, qui s’est considérablement professionnalisée ces années-ci. Aujourd’hui, les spécialistes savent répondre à toutes les questions qui peuvent légitimement se poser. De l’administratif au chai, du pied de vigne à l’oenologue, au recrutement, aux matériels, ils sont passés maîtres dans l’art de conduire un dossier à son terme pour le plus grand profit de l’acquéreur qui, c’est assez nouveau, peut envisager l’avenir sur des bases saines. Il suffit de sauter le pas. Hop.
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Anne-Sophie Von Claer
Président du groupe FRANCE CHÂTEAUX
directeur associé du groupe immobilier MOBILIS
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