Édito
99, 99 %
”
Photo Francois Bouchon
On a déjà oublié. Des tentes sur les trottoirs parisiens. Un Don Quichotte médiatique. La campagne présidentielle s’était ouverte sur la “crise du logement”. Depuis lors, Hulot, Airbus, drapeau tricolore, Marseillaise, Gare du Nord. Les unes passent, les problèmes restent. Des prix du logement qui ne cessent de grimper, surtout depuis qu’on annonce qu’ils se stabilisent. Des durées de crédit bancaire qui suivent, comme on dit au poker : quinze ans, vingt, vingt-cinq, trente, cinquante. Et demain, cent ans, avec remboursement final dans l’au-delą ? Des politiques qui jouent aux pompiers volants : loi SRU, programmes de construction accélérés, déductions d’impôts, droit opposable. Et un avenir : du béton, du béton, du béton. Ecologique bien sûr. Des solutions qui ont pour point commun d’agir sur les conséquences et non sur les causes. Un comportement typique de ce qu’est devenue la politique.
Pourtant, ces causes de “la crise du logement” sont parfaitement identifiées. D’abord, le divorce de masse. Lą oĚ il y avait un appartement familial, il en faut deux. Ensuite, l’immigration. Au début des années 90 encore, deux cent mille entrées régulières d’étrangers et cent mille départs. Le solde s’élevait ą cent mille. Dix ans plus tard, le solde est passé ą deux cent mille, avec trois cent mille entrées. Et on ne parle que des réguliers. Où vont vivre tous ces gens ?
En banlieue. Que vont devenir leurs anciens habitants ? Ils vont se pousser pour faire de la place, ou se précipiter en centre-ville pour trouver les bonnes écoles pour leurs enfants. Où les prix sont inabordables. Alors, on part loin, de plus en plus loin, quitte ą allonger démesurément ses temps de transport. Et la hausse des prix de faire tâche d’huile sur tout le territoire. Enfin, sur le plan mondial, une masse de capitaux énormes, américains, européens, indiens, russes, arabes, chinois, et même africains, qui se balade librement. Cet argent nomade fait monter tous les micromarchés de luxe : tableaux, antiquités, bijoux, hôtels particuliers. En France, ces biens sont devenus “intouchables” pour 99, 99 % des Français. Ce qui aggrave un sentiment de dépossession de soi et de prolétarisation des classes moyennes.
Mais voilą, pas question de mettre la moindre entrave au divorce, au contraire, on le facilite le plus possible au nom de la liberté individuelle, alors même qu’on n’a aucun scrupule ą restreindre d'autres libertés, apparemment moins sacrées, moins politiquement correctes surtout, celles du fumeur ou de l’automobiliste par exemple. Les innombrables lois sur l’immigration n’ont pas réduit le nombre toujours plus grand de nouveaux immigrants. Depuis la libération totale des marchés des capitaux par les socialistes, personne n’ose la remettre en cause. La “crise du logement” a de beaux jours devant elle.
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