Dossier

La fibre du design

Entre éco-matériaux et éco-construction

D’ingénieux designers utilisent le 100 % naturel pour créer des objets contemporains, respectueux de l’environnement.

À la croisée des chemins entre développement durable, ingénierie, usage, nouveaux matériaux, design et création, les fibres composites d’origine végétale offrent des débouchés hors textiles à haute valeur technologique. Pour la maison, l’éventail des promesses de ces matières biocompostables et textures organiques se précise et s’élargit afin de développer un habitat respectueux du monde qui l’entoure et s’inscrire dans la foulée du Grenelle de l’environnement. Les salons professionnels ne sont pas les derniers à faire la part belle à l’éco-construction, - les labellisation et certification des écomatériaux sont en cours - sans toutefois perdre de vue la nécessité esthétique. Clin d’oeil parmi d’autres, l’espace Vegetal Atmosphère mis en scène par Alexis Tricoire dans le cadre du salon Bâtimat en novembre 2009, proposait une utilisation détournée du végétal pour accompagner un confort design indoor outdoor. “Les problèmes que nous essayons de résoudre sont réglés dans la nature, où il n’y a jamais de gaspillage de ressources, rappelle Elisabeth Laville, pionnière dans le conseil en développement durable, fondatrice des agences Utopies et Graines de changement. Tous les systèmes savent répondre à leurs besoins. La nature, réservoir de savoirs et de sagesse, sait faire les choses les plus efficaces. Pourtant la situation actuelle appelle une seconde révolution industrielle, initiée non plus par ce que l’on prend à la nature mais par ce que l’on en apprend”. Filer et tisser les fibres comme une araignée, maîtriser l’énergie comme une feuille,… Autant de performances naturelles qui restent les plus belles sources d’inspiration. Si bambou, chanvre, coco, lin, liège, maïs, osier occupent déjà sérieusement le terrain, viscose de pin, ortie, liane, racine de jacinthe d’eau, écorce de ficus, algue, abaca, soja, thym, romarin, thé vert, seront de nouvelles alternatives à suivre demain comme l’a montré au début de l’année l’exposition Fibre[s] Design conçue par le VIA et l’Innovathèque à la galerie de l’École nationale supérieure d’architecture de Nantes.

Notre quotidien prend corps à partir de graines ou de racines... Des combles aux sous-toitures, des cloisons et des murs, aux planchers, des ossatures à tous les vides de construction en général, notre quotidien prend corps à partir de graines ou de racines organiques travaillées selon différents procédés qui les transforment en matières bio-compostables. Avec en tête de pont les laines de chanvre et de lin, et le béton de chanvre. Obtenues par effilochage et expansion, ces fibres de chanvre ou de lin, révèlent une forte résistance mécanique, une grande légèreté, une réelle absorption phonique mais aussi des qualités d’isolation thermique, sont perméables à la vapeur d’eau et résistantes aux nuisibles. Deux anecdotes racontent la résistance et solidité du lin. En septembre 2009, des archéologues trouvent dans une grotte de Géorgie de minuscules fibres de lin qui datent de 36000 ans avant notre ère. Ces fibres portant des traces de torsions et de pigments seraient à ce jour les premiers textiles connus développés par l’homme. On peut admirer au musée de Bayeux en parfait état, la tapisserie de 700 mètres de long racontant les exploits de Guillaume le Conquérant brodée sur du lin par la reine Mathilde au XIe siècle. La Matrice Lin imaginée par le designer François Azambourg pour le salon Maison & Objet en a révélé toutes les facettes. Il n’est évidemment pas le seul créateur que la matière inspire. La palette des savoir-faire se décline presque à volonté pour que nos objets du quotidien affichent désormais naturellement une fibre design.

Photo © SMARIN.NET

Du bon usage du lin


TENDANCES - François Azambourg

Le choix organique


TENDANCES -
Catherine Deydier